Joy & Louma

Interroger nos rapports à l'amitié, à l'amour et aux luttes féministes.

Ecriture et mise en scène : Ella Amstad  
Avec : Paloma Diez et Zoé Klecka
Lumières : Chris Buyle
Décors : Jean-Luc Diez
Musiques : Elio Duprat
Soutiens : Les Avants-Postes (33), Sortie 13 (33), Commune de Montendre (17)

Alors, tu viendras ? 

Louma pose inlassablement cette question à son amie-sœur Joy. Louma veut partir, loin des codes étriquants qui la ramènent à sa condition de personne sexisée. Joy veut rester, déconstruire et combattre la normativité depuis l’endroit où elle naît. Qu’est-ce qui demande le plus de courage : partir et échapper aux cadres normatifs ou rester et s’y confronter pour les abattre de l’intérieur ? Trouver son « chez-soi » ici ou ailleurs ? Quels schémas sociaux conditionnent nos amours ? Vivre cette « grande histoire d’amitié », cette épopée à la Thelma et Louise, est-ce un outil d’émancipation possible ou une simple utopie ? Depuis leur canapé-baignoire, les amies-sœurs se posent ces questions, parlent de leurs souvenirs et s’imaginent des aventures futures, s’inventent littéralement un « no man’s land » où le temps est cyclique, l’espace est infini, et l’amitié débordante.

 
 

Pourquoi ce spectacle ?

Si nos imaginaires sont remplis de récits romantiques hétéronormatifs, j’ai toujours eu la sensation qu’il nous manquait des récits sur les grandes histoires d’amitiés. Des histoires qui ne soient pas anecdotiques, qui ne soient pas des supports pour parler d’amour romantique, mais qui soient au moins aussi grandes et importantes que les histoires d’amour avec lesquelles nous avons grandi. Des histoires d’amitié qui soient au centre et qui soient des outils de réflexion pour repenser nos façons de faire société. En commençant à imaginer Joy & Louma, une phrase du podcast le Coeur sur la table résonne alors en moi : Nos grandes, belles, solides, longues histoires d’amour, nous sommes peut-être déjà en train de les vivre : sans prince charmant, mais avec nos ami·e·s.

Quelle histoire on raconte alors, s’il n’y a pas de prince charmant ?

C’est ce que se demandent Joy et Louma au moment même où leur relation d’amitié s’apprête à basculer. Bien qu’amies depuis longtemps, leur chemin tend à se séparer : l’une veut parcourir le monde alors que l’autre construit son monde ici. Et c’est ici, depuis leur canapé, lieu casanier par excellence, qu’elles s’imaginent partir à l’aventure. Dans une atmosphère Beckettienne, les deux personnages semblent attendre quelque chose – une réponse, un signe, n’importe quoi qui leur ferait prendre la bonne décision : rester ensemble ou partir chacune de son côté ? Le canapé, seul au centre de la scène, se heurte au bruit de la mer omniprésent confrontant le désir de rester chez soi à celui de s’évader. C’est à partir de ce dilemme et au gré du décor mouvant que se construit l’imaginaire de la pièce. Le réalisme magique m’a paru être une esthétique intéressante à explorer dans ce travail pour questionner, décaler, surprendre le réel puisqu’on est plongés alternativement dans l’esprit de Joy et dans celui de Louma : l’onirisme et la poésie s’immiscent dans le langage cru et actuel des deux amies. Le canapé de Joy se transforme en baignoire lorsque l’amitié menace de s’évaporer, le bruit de l’eau qui coule et des larmes remplace petit à petit le son de la mer rêvée par Louma. La temporalité cyclique permet de faire des aller-retours entre souvenirs partagés et possibles futurs. Au fur et à mesure de la pièce, on voit se créer une bulle, d’abord cocon dans lequel on a envie de rester, mais qui devient une boucle enfermante dont il faut trouver une porte de sortie à tout prix : se séparer, vite, et sauver ce qu’il reste d’amitié.

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